Penser le Congo à 20 ans

La parution du premier édito de l’année ne doit pas être perçue comme un simple exercice de style ou un rituel de circonstance. Elle représente, au contraire, une opportunité rare et précieuse : celle de prendre de la hauteur par rapport aux urgences immédiates, de s’extraire du flux incessant de l’actualité pour poser une question fondamentale que trop peu de nations osent formuler avec la rigueur nécessaire : où voulons-nous que le Congo se situe dans vingt ans ?

Répondre à cette interrogation impose une discipline intellectuelle exigeante. Il ne s’agit pas de se projeter d’une échéance politique à une autre, à l’issue d’un mandat électoral, ni même à l’horizon d’un programme triennal ou quinquennal classique. Il s’agit de viser une génération. Penser à vingt ans, c’est accepter de rompre radicalement avec la culture du court-termisme qui paralyse trop souvent l’action publique. C’est reconnaître, avec humilité et lucidité, que les trajectoires économiques sérieuses et les transformations structurelles se construisent dans la durée, bien au-delà des cycles politiques et des alternances de personnes.

Le développement ne peut résulter d’effets d’annonce ; il est le fruit de choix structurants, parfois impopulaires, souvent exigeants, mais dont la force réside dans leur cohérence inébranlable.

Le Congo a trop longtemps appréhendé son avenir économique comme une simple succession de plans quinquennaux. Cette logique, héritée de traditions administratives rigides, a fini par enfermer notre stratégie nationale dans le tempo électoral, sacrifiant la continuité, la lisibilité et la crédibilité de l’État sur l’autel de l’immédiateté. Or, l’histoire économique mondiale nous enseigne qu’aucune nation ne se transforme durablement sous la dictature de l’urgence. Ce que nous appelons aujourd’hui de nos vœux, c’est une décorrélation claire entre l’agenda politique, mouvant par nature, et l’agenda économique, qui doit être stable. Cela ne signifie pas que l’économie doit être dépolitisée, mais bien qu’elle doit être sanctuarisée.

Un leadership visionnaire définit quelques piliers non négociables, s’y tient avec détermination, et les protège des revirements opportunistes.

Pourquoi le seuil de vingt ans est-il le seul pertinent ? Parce qu’il correspond à l’unité de temps nécessaire pour modifier en profondeur la structure d’un appareil productif, pour former des générations entières aux compétences de demain, pour amortir des investissements lourds en infrastructures et pour voir émerger de véritables écosystèmes industriels. C’est également le temps qu’il faut pour faire évoluer les comportements et les mentalités. Tous ceux qui ont réussi leur décollage économique sans aucune exception ont fait le choix du temps long. Le courage stratégique réside précisément là : dans la capacité à semer aujourd’hui ce que l’on ne récoltera peut-être pas de son vivant politique.

Cinq secteurs prioritaires pour une transformation réelle

Le Congo ne peut pas tout faire simultanément. Disperser nos ressources, c’est condamner chaque initiative à l’inefficacité. La clé du succès réside dans la concentration et l’assomption de choix clairs. UNICONGO a identifié cinq secteurs structurants qui doivent devenir les piliers de notre transformation.

1. L’agro-industrie comme socle de souveraineté

La sécurité alimentaire est le premier rempart de la dignité nationale. Un pays incapable de nourrir sa population est structurellement vulnérable, exposé aux chocs extérieurs et politiquement fragile. Cependant, il est impératif de cesser de considérer l’agriculture sous un angle purement social ou d’autosubsistance. Nous devons la penser comme une industrie à part entière. Cela exige une mécanisation massive, des systèmes d’irrigation performants, une logistique de transport fluide et, surtout, une transformation locale des produits. Le choix courageux consiste ici à sortir d’un certain “romantisme rural” pour embrasser une agriculture productive, capitalisée et connectée aux chaînes de valeur régionales. Cela nécessite également des arbitrages fonciers clairs et sécurisés, car sans titres bancables, l’investissement privé fera défaut. Nous devons accepter le coût de cette souveraineté, car le prix de la dépendance est, à terme, bien plus lourd à porter.

2. L’énergie, moteur de la production

Sans une énergie abondante et stable, l’industrialisation reste un mirage. Et sans industrie, il ne peut y avoir de création massive d’emplois ni d’émergence d’une véritable classe moyenne. Nous devons passer des discours généralistes à une planification technique rigoureuse : quel mix énergétique entre hydroélectricité, gaz et solaire voulons-nous pour les vingt prochaines années ? Quelle place accorder aux opérateurs privés ? Le courage politique sera ici double. D’abord, admettre que l’État ne pourra pas tout financer seul : les partenariats public-privé sont une nécessité budgétaire absolue. Ensuite, oser dire une vérité impopulaire : une énergie fiable a un prix. Maintenir des tarifs artificiellement bas détruit l’outil de production et entretient la pénurie. La subvention généralisée doit s’effacer au profit d’une protection ciblée des plus vulnérables.

3. Les industries de transformation et la valeur ajoutée locale

L’exportation brute de matières premières n’est pas une stratégie, c’est l’aveu d’une économie rentière. Notre ambition doit être la transformation locale de nos richesses : bois, minerais, hydrocarbures. Pour y parvenir, il ne suffit pas de décréter ; il faut offrir aux industriels des zones fonctionnelles, une fiscalité lisible, des douanes rapides et une énergie compétitive. Le courage réside dans la mise en place d’une politique commerciale intelligente, capable de protéger temporairement nos industries naissantes. UNICONGO propose que chaque nouveau projet industriel intègre contractuellement un plan d’approvisionnement local progressif, faisant de l’intégration nationale non pas une contrainte, mais une trajectoire de croissance partagée.

4. Le capital humain et l’employabilité

Aucun pays ne s’est développé sans une main-d’œuvre qualifiée. Le véritable défi du Congo n’est pas tant le chômage de masse que l’inadéquation profonde entre la formation et les besoins du marché. Nous formons encore trop pour le diplôme, et pas assez pour la production. Il est temps de restructurer l’enseignement technique et professionnel en plaçant le secteur privé au cœur de la gouvernance des cursus. Nous devons accepter que certains diplômes obsolètes disparaissent au profit de métiers d’avenir. Former la jeunesse n’est pas un exercice de séduction politique, c’est un impératif de préparation à la réalité économique mondiale.

5. La logistique et l’intégration régionale

Par sa position géographique, le Congo est naturellement une plateforme. Notre économie doit être pensée comme un hub portuaire, ferroviaire, fluvial et numérique. Cela suppose de transformer le slogan de l’intégration régionale en une stratégie offensive. Le choix courageux est de sortir des réflexes protectionnistes stériles pour bâtir des corridors compétitifs capables d’attirer les flux internationaux. Une nation prospère est une nation dont les voisins ont un intérêt vital à ce qu’elle reste stable et performante.

Une rupture culturelle pour l’avenir

Cette vision à long terme exige, au-delà des réformes institutionnelles, une véritable transformation mentale. Nous devons collectivement accepter que les grandes décisions d’aujourd’hui ne porteront leurs fruits que demain. Cela implique l’adoption de lois de programmation pluri-décennales, le renforcement d’autorités de régulation indépendantes et une transparence totale sur les indicateurs de suivi. La stabilité n’est pas un concept abstrait, c’est un actif économique de premier plan qui génère la confiance.

Le secteur privé, dans ce schéma, n’est pas un simple bénéficiaire des politiques publiques, il doit en être l’architecte opérationnel. UNICONGO ne demande pas de privilèges indus, mais réclame une cohérence et une prévisibilité sans lesquelles l’acte d’investir devient un pari impossible.

En conclusion, la prospérité n’est pas le fruit du hasard des cours des matières premières. C’est une discipline de fer, une persévérance de chaque instant. Nous devons choisir nos priorités avec audace, les assumer avec fermeté, les protéger contre les vents contraires et, par-dessus tout, nous y tenir.

 

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