Le secteur forestier au Congo : entre choc conjoncturel, contraintes structurelles et impératif de transformation durable

Pilier historique de l’économie congolaise, le secteur forestier et de la filière bois traverse en 2025 une phase de fortes turbulences, révélatrice à la fois de vulnérabilités conjoncturelles et de défis structurels persistants. Au deuxième trimestre 2025, l’activité a enregistré un repli significatif de la production, de la transformation et des exportations, sous l’effet combiné de difficultés logistiques internes et d’un contexte international moins porteur. Cette situation contraste toutefois avec les avancées notables en matière de gestion durable, de certification et de gouvernance sectorielle, portées notamment par les entreprises membres de la Fédération Forêt d’UNICONGO.

Un recul marqué de l’exploitation forestière au deuxième trimestre 2025

L’exploitation forestière primaire a connu une baisse brutale de 45,3 % de la production de bois en grumes par rapport à la même période de l’année précédente. Cette contraction masque de fortes disparités géographiques : la zone Nord, cœur de l’activité forestière nationale, a été la plus durement touchée avec une chute de 47,3 %, tandis que la zone Sud a enregistré une légère progression de 2,0 %.

Les causes de ce repli sont essentiellement logistiques et climatiques. La rareté du carburant sur le marché local a fortement perturbé les opérations d’exploitation et de transport, entraînant des arrêts de production fréquents. À cela s’ajoutent les difficultés d’évacuation des produits forestiers, liées à la dégradation avancée des infrastructures routières, aggravées par une pluviométrie exceptionnellement élevée (+36,3 % au niveau national). Ces facteurs ont réduit la capacité des entreprises à accéder aux assiettes annuelles de coupe et à acheminer les grumes vers les sites industriels.

Une industrie de transformation sous pression

Le ralentissement de l’exploitation a mécaniquement affecté le secteur secondaire, lié à la transformation du bois, dont la production a reculé de 33,0 % au deuxième trimestre 2025. Tous les segments ont été touchés, avec une intensité variable : la production de contreplaqués s’est effondrée de 70,3 %, celle des placages de 35,6 %, tandis que les sciages ont diminué de 30,8 %.

Les exportations de produits transformés ont suivi la même tendance, avec une baisse de 22,2 % des volumes, entraînant une contraction de 22,6 % de leur valeur globale. Cette situation illustre les difficultés rencontrées par l’industrie de transformation locale, confrontée à la fois à des contraintes d’approvisionnement, à des coûts logistiques élevés et à une demande internationale moins dynamique.

Pourtant, les données structurelles montrent que les entreprises membres de la Fédération Forêt d’UNICONGO disposent de capacités industrielles significatives.

En 2025, la production totale de sciages des sociétés membres s’est élevée à 184 004 m³, contre 220 859 m³ en 2024, traduisant un repli, mais aussi une résilience industrielle dans un contexte fortement dégradé.

Commerce extérieur : entre restrictions et paradoxes de prix

Sur le plan du commerce extérieur, la situation est contrastée. Les exportations de grumes ont chuté de 66,1 % en volume, sous l’effet conjugué du ralentissement de la demande internationale et de l’application progressive de l’interdiction d’exporter le bois sous forme de grumes. Cette mesure, visant à encourager la transformation locale, intervient toutefois dans un contexte où les capacités industrielles et logistiques ne sont pas encore pleinement adaptées.

Paradoxalement, alors que les cours internationaux des grumes ont progressé de 7,9 %, les prix sur le marché local ont reculé, à l’image des lits en bois (-3,0 %), en raison d’une faible demande intérieure. Cette divergence accentue la pression sur la rentabilité des entreprises et souligne la nécessité de structurer davantage le marché domestique du bois.

Emploi : une précarisation préoccupante

Les difficultés économiques ont eu un impact direct sur l’emploi. Au deuxième trimestre 2025, les effectifs globaux de la filière bois ont diminué de 5,8 %. Cette baisse s’accompagne d’une précarisation de l’emploi, marquée par une réduction de 14,9 % des effectifs permanents, partiellement compensée par une hausse de 52,6 % des emplois temporaires.

Les données consolidées de la Fédération Forêt font état de 4 113 emplois en 2025, contre 5 100 en 2024, soit une perte nette significative, principalement concentrée dans la zone Nord . Malgré ce recul, la masse salariale a progressé de 28,3 %, traduisant des ajustements de rémunération et des coûts sociaux plus élevés dans un contexte de tension.

Un secteur structurellement engagé dans la gestion durable

Au-delà de la conjoncture, le secteur forestier congolais se distingue par son engagement structurel en faveur de la gestion durable. Les 7 membres de la Fédération Forêt gèrent près de 5,97 millions d’hectares de concessions disposant de plans d’aménagement forestier durable, dont 3,88 millions d’hectares certifiés FSC en 2025, un niveau parmi les plus élevés en Afrique centrale.

Cette avancée positionne le Congo comme un acteur crédible de la foresterie durable, avec des opportunités nouvelles liées à la valorisation des crédits carbone. Des projets pilotes, comme ceux de CIB-OLAM et d’IFO, illustrent le potentiel de diversification des revenus forestiers à travers les mécanismes carbone, même si l’absence d’un marché structuré demeure un frein majeur.

Défis structurels suite à l’introduction du régime de partage de production

Le Code forestier de 2020 a introduit une variante du régime de partage de production (RPP) dans un secteur qui s’y adapte difficilement. Contrairement au pétrole, le bois ne dispose d’aucune cotation internationale transparente ni d’un prix mondial de référence unique : sa valeur varie fortement selon les essences, la qualité, le degré de transformation et la destination. Certaines essences présentent même une faible valeur commerciale, rendant particulièrement complexe la fixation d’un « prix de référence » consensuel. Or, toute sous-évaluation réduirait les recettes publiques, tandis qu’une surévaluation fragiliserait davantage des entreprises déjà confrontées à un environnement économique instable. Cette réforme intervient en effet dans un contexte marqué par des contraintes structurelles lourdes : coûts logistiques représentant 30 à 65 % des coûts de revient, pénuries récurrentes de carburant, complexité réglementaire accrue (CITES, EUDR, APV-FLEGT), distorsions de concurrence et insuffisance du dialogue public-privé.

À plus long terme, l’avenir du secteur forestier congolais dépendra de sa capacité à transformer la contrainte en opportunité : développer la transformation locale, structurer le marché intérieur, valoriser pleinement les services environnementaux et consolider une gouvernance inclusive associant État, entreprises et communautés locales.

Le secteur forestier congolais se trouve à un moment charnière. S’il parvient à surmonter les chocs conjoncturels actuels et à lever les blocages structurels, il dispose des atouts nécessaires pour devenir un modèle régional de gestion forestière durable, conciliant performance économique, préservation environnementale et impact social positif. À défaut, les risques de décrochage économique, social et territorial pourraient s’aggraver, avec des conséquences durables pour l’économie nationale et les communautés forestières.

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